Publié le 8 septembre 2026
Pour cette édition 2027, Panacéa enrichit son offre avec plus de 60 nouveaux programmes et 3 nouveaux pôles de formation : Pathologies chroniques, Compétences soignantes et Management stratégique et opérationnel.
Actualité, Établissement de santé
Chaque année, Octobre Rose est l’occasion de rappeler l’importance du dépistage et de la prévention du cancer du sein. Mais derrière les chiffres et les campagnes de sensibilisation, il y a surtout des femmes, des corps qui changent, des émotions, des relations et des vies qui continuent, parfois profondément bouleversées par la maladie et ses traitements.
Prendre en charge un cancer, ce n’est pas seulement traiter la maladie. C’est aussi accompagner la personne dans toutes les dimensions de sa vie, y compris celles dont on parle encore trop peu. Parmi elles : la santé sexuelle et la vie intime.
À l’occasion d’Octobre Rose, nous donnons la parole à Pauline Schillaci, infirmière et sexologue clinicienne, qui a contribué à la création d’un pôle de formations consacré à l’oncologie et à la santé sexuelle. Elle revient sur les enjeux de cette prise en charge, les conséquences des cancers et de leurs traitements sur la vie intime, mais aussi sur le rôle que peuvent jouer les professionnels de santé pour mieux informer, rassurer et orienter les patientes.
La sexualité fait partie de la qualité de vie, de l’image de soi, de l’intimité et parfois de l’équilibre du couple. Or, le cancer et ses traitements peuvent avoir des conséquences importantes sur tous ces aspects.
Parce qu’un cancer ne met pas la vie sexuelle « en pause » avec un petit bouton qu’on pourrait simplement remettre sur “play” après les traitements ou la maladie.
Parler de santé sexuelle en oncologie, c’est donc considérer le patient dans sa globalité. On ne soigne pas uniquement un cancer : on accompagne une personne, avec son corps, ses émotions, ses relations et ses projets de vie.
De nombreuses façons.
La chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie ou les traitements hormonaux peuvent entraîner de la fatigue, des douleurs, une sécheresse vaginale, des troubles de l’érection, une diminution du désir, des modifications des sensations ou encore des troubles hormonaux.
Et puis il y a tout ce qui ne figure pas forcément dans le registre “physiologie” : une cicatrice, une perte de cheveux, une mastectomie, une stomie, une prise de poids… peuvent modifier profondément le regard que l’on porte sur son corps.
Parfois, le problème n’est donc pas “mécanique” mais relationnel / émotionnel : « Est-ce que je me sens encore désirable ? Est-ce que j’ose me montrer nu(e) ? Est-ce que j’ai envie qu’on me touche ? »
La sexualité n’est pas uniquement une mécanique biologique, sinon il suffirait probablement d’un bon mode d’emploi et de quelques piles !
Parce que nous sommes toutes et tous un peu pudiques… et que la blouse blanche ne transforme pas miraculeusement les soignants en spécialistes de la santé sexuelle.
Les professionnels manquent de temps, de formation ou peuvent ne pas savoir comment introduire la question et attendent des patients qu’ils/elles abordent le sujet.
Pourtant, il n’est pas nécessaire de faire un interrogatoire digne d’un scénario de film. Une simple question peut suffire : « Est-ce que les traitements ont un impact sur votre vie intime ou sexuelle ? »
L’objectif est de rendre la conversation légitime, d’ouvrir une porte.
Aborder la santé sexuelle fait partie du rôle propre des soignants.
Le premier rôle est d’informer : expliquer qu’il peut y avoir des effets secondaires fréquents suite aux traitements.
Le second rôle est de rassurer : rappeler aux patients qu’ils/elles ne sont ni seuls, ni « anormaux », et qu’il existe des solutions.
Ce qui amène au troisième rôle : orienter si nécessaire vers gynécologue, urologue, sexologue, psychologue, kinésithérapeute…
La prise en soin de la santé sexuelle en oncologie n’est pas obsolète. Elle fait partie du dernier Plan Cancer, des soins supports en oncologie ainsi que de la Stratégie Nationale de Santé Sexuelle.
Chaque professionnel de santé qui s’inscrit dans le parcours de soin des patients peut être une personne ressource et doit être proactif en informant, rassurant et orientant si besoin.

Les conséquences des cancers féminins ont des répercussions sur la santé sexuelle : ménopause précoce, sécheresse vaginale, des douleurs lors des rapports, une baisse du désir ou des modifications des sensations.
Mais il y a aussi tout ce qui touche à l’image corporelle et à la féminité : perdre ses cheveux, avoir une cicatrice, subir une mastectomie ou une chirurgie gynécologique peut profondément modifier la façon dont une femme se regarde et se sent dans son corps.
Je mettrai un bémol : il faut se méfier du « modèle unique » : toutes les femmes ne vivent pas ces transformations de la même manière.
Une place importante sans nul doute.
La fertilité doit être abordée suffisamment tôt, notamment chez les patients jeunes, parce qu’une fois certains traitements commencés, il peut être trop tard pour préserver certaines possibilités.
L’image corporelle est également essentielle. Quand le corps change (plus ou moins rapidement), la personne peut avoir besoin de temps pour se réapproprier ce nouveau corps.
Et puis il y a le couple. Le ou la partenaire peut devenir très présents et prendre la place d’aidant… parfois au point que le couple amoureux n’est plus.
L’idée est de conserver la tendresse, le contact : simplement le fait de dormir enlacés sans que personne ne vienne parler de la maladie et/ou des changements subis.
Pour n’en citer qu’une : « Quand on a un cancer, la sexualité devient forcément secondaire. »
Non. Elle peut devenir secondaire pour certaines personnes, pendant un temps. Mais pour d’autres, garder une vie intime, ressentir du plaisir ou simplement garder une proximité avec son/sa partenaire permet de rester en vie.
Et surtout, il n’existe pas une seule « bonne » façon de maintenir sa sexualité.
L’objectif n’est pas de revenir exactement à la sexualité d’avant le cancer. C’est de permettre à chacun de (re)trouver, si il ou elle le souhaite, “une vie intime qui lui ressemble aujourd’hui”.
Et finalement, c’est peut-être ça le message essentiel : en oncologie, on ne doit pas seulement chercher à ajouter des années à la vie. Il faut aussi essayer de remettre de la vie dans ces années.
Besoin de vous former sur cette thématique ?Découvrez notre pôle de formations santé sexuelle en oncologie.
Ces formations sont ouvertes à l’ensemble des professionnels de santé impliqués dans le parcours de soins en oncologie.
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